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Jean, un accompagnateur bénévole en Isère

Parfois, qui remonte le moral de l'autre ?

Si l'on pouvait résumer l'action d'Habitat et Humanisme, ne serait-ce pas, selon les propos de Bernard Devert, "Batisseur d'espoir, mais surtout briseur de solitude". C'est ce second thème qui m'habite depuis 2 ans, ainsi que notre équipe grenobloise.

J'ai été amené à rencontrer M. un homme de petite soixantaine qui souffrait de sa solitude mais aussi d'une charpente très éprouvée :
-vie chaotique depuis une enfance difficile dans le Nord : famille de 7 enfants aux revenus précaires, mais unie et soudée avec l'espoir de vivre.
-multiples emplois de l'usine à l'homme de peine, il finira dans la restauration, puis plongeur.
souffreteux, maigre, cherchant dans un alcoolisme peu contrôlable et un tabagisme aux vertus "dopantes" : notre quidam l'a bien subie, sa vie ...

Artéritique grave au stade de la gangrène, la nécessité d'une amputation était inéluctable, sacrifiant d'abord sa jambe gauche. Mes antécédents professionnels aidant, nous avons resserré alors nos relations. Grace à la fréquence des contacts incontestablement indispensables, aux conversations au jour le jour sur tout et rien, et aux essais fructueux d'un cafetier devenu aussi son ami, nous avons réussi à diminuer le volume liquide habituel et à créer là un lieu de rencontre : son « Q.G. »
Le suivi régulier en convalescence et en phase de réadaptation à une prothèse fut utile. Sa volonté de vivre, son rejet de l'abandon m'étonna.

Ce n'était que le premier épisode car l'aggravation artérielle amena son chirurgien a amputer la jambe restante, puis le genou droit car la vascularisation restait insuffisante pour la cicatrisation et une seconde prothèse. Ceci un an après la première épreuve. Il y eut des jours difficiles ; il fallait faire face plus par l'amitié d'une présence que de longs propos.
Sa force de caractère me laissait pantois, n'imaginant pas qu'une telle énergie et vitalité puissent l'habiter.
Certes, l'amitié créée en 2 ans d'épreuve est nécessaire pour l'accompagner, c'est évident, mais aussi riche pour l'accompagnant. Voyant arriver rapidement, avec les ans, l'invalidité, certes moindre, mais bien pesante, et les altérations d' un mental atténué, laissez-moi vous affirmer tout le bien ressenti au contact de plus malheureux que moi ... car, parfois qui remonte le moral de l'autre ?

Merci M., merci Bernard Devert et HH.