En 2006, Dominique vit dans une grande maison. Ses colocataires reçoivent hebdomadairement un panier de légumes des jardins solidaires de Planaise. Un bulletin de l’association Habitat et Humanisme y est régulièrement joint. Dans sa vie, Dominique n’a jamais été confrontée à titre personnel à la problématique du manque de logements, mais elle y est sensibilisée du fait de son travail antérieur en tant qu’infirmière en milieu psychiatrique. “Le logement est un besoin de base. Comment se socialiser sans logement ? ”
En Mars, Dominique trouve dans le panier une invitation à une réunion de présentation d’HH Savoie. Elle saisit cette opportunité d’en savoir plus, et découvre à cette occasion qu’une de ses connaissances est membre de l’association.
Avec leurs aspects administratifs, les associations en général n’ont jamais tenté Dominique. Cependant, quand elle apprend qu’il va y avoir besoin d’accompagnants pour les familles qui seront logées dans les 3 futurs appartements d’une ville voisine, cette idée lui plait : “ faire profiter de mes compétences et de ma connaissance du milieu social, de l’exclusion, de ses impacts psychologiques”.
En Mai 2007, Dominique est informée qu’une femme en situation de séparation dramatique est pressentie pour un des logements, et qu’HH Savoie souhaite s’assurer, avant de s’engager, que l’accompagnement en logement aidé est pertinent. Dominique propose de rencontrer la mère de famille et l'équipe éducative du foyer qui l'accueille depuis plus d'un an pour évaluer son besoin d’aide. Elle conclut rapidement, en lien avec l’association, que la jeune femme et ses enfants ont la capacité de s’en sortir, à condition d’accéder rapidement à une autonomie plus importante dans un logement digne.
Disponible et compétente, Dominique s’implique dans les rencontres d’attribution de logements aux autres futurs locataires de cette nouvelle réalisation, et accepte de prendre en charge l’accompagnement de deux des trois familles :
- Un jeune couple avec enfant en bas âge, vivant auparavant chez les parents,
- Une mère de cinq enfants en séparation,
- Une famille étrangère avec enfants en bas âge, dont un resté au pays, auparavant dans un logement insalubre.
“ J’aime, dit Dominique, la diversité du public accueilli, qui défie tous les clichés que nous mettent dans la tête les émissions de télévision. Cette diversité crée bien sûr des problèmes de cohabitation entre locataires. Il n’y a pas que l’accompagnement individuel. Habiter ensemble, ce sont aussi des problématiques collectives que l’on n’anticipe pas forcément au départ”.Un intérêt fort de l’accompagnement est, aux yeux de Dominique, de faire face à des situations concrètes. “ Ce n’est pas tout de savoir que des gens dorment sous les ponts, de voir des émissions et des reportages sur la pauvreté. L’accompagnement, c’est être dans le vrai monde”.
Le travail en équipe constitue une autre source de motivation pour Dominique. Une des difficultés serait en effet de rester seul face aux problématiques auxquelles font face les locataires. « Les échanges et les temps de rencontre sont là, et les coups de téléphone faciles. On n’est pas toujours d’accord…. on confronte, on analyse, on affine, cela donne plus de sens au travail, c’est dynamisant pour tous de réfléchir et de prendre le temps – chose que les travailleurs sociaux ne peuvent pas toujours se permettre. ”
“Ce qui me plait, c’est que c’est à une toute petite échelle, on reste en dehors du système social. J’apporte ma petite pierre, et je ne me sens pas dans l’obligation. C’est le mot bénévole qui prend toute sa signification ici. J’ai un regard, mais je veux rester indépendante. Souvent, cela me donne du courage de faire partie de cette association où il y a le mot « Humanisme ». Je trouve le système socioprofessionnel enfermant- il perd en dimension humaine. Même si c’est l’objectif premier d’aider ces gens marginaux et défavorisés, le très grand nombre de situations sociales difficiles voire même dramatiques semblent créer comme un envahissement chez les travailleurs sociaux ”. Dominique a ressenti parfois lors de rencontres de travail à propos de ces familles comme une mise à distance, peut-être par sentiment de danger suite à ces vécus lourds à porter.
Comme elle éprouve beaucoup d’intérêt et de plaisir dans son rôle de bénévole, Dominique communique beaucoup autour d’elle sur l’association, ses actions, son rôle. Elle aime partager son expérience et dit rencontrer des gens qui ont de l’intérêt.
Des souhaits pour le futur ? Dominique souhaiterait peut-être poursuivre son engagement à Habitat et Humanisme. “ J’ai une toute petite expérience de l’association à travers les quelques bénévoles rencontrés, et cela ne me déplairait pas de l’agrandir. Il me semble que l’association Habitat et Humanisme Savoie n’est pas trop grande. On peut se parler, se reconnaître, cela reste humain. Cela donne sens au mot solidarité.”
Mars 2008