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Rencontre avec les jeunes travailleurs du foyer des Hypoquets, plongés dans l’incertitude

Fjt Courveboie

Publié le 22 avril 2020 par Léna Bauer

Le monde par la fenêtre des Hypoquets

Dans ce foyer de jeunes travailleurs de Courbevoie (92), les incertitudes financières inquiètent les résidents, des 18-25 ans actifs ou en formation.

Fjt Courveboie

Rentré du Panama le 23 mars, à la suite d’un voyage compliqué par la fermeture des frontières, Christophe se réjouit d’être arrivé « en un seul morceau ».

Après s’être strictement isolé deux semaines, il commence à mesurer comment la vie s’organise aux Hypoquets : trois personnes maximum dans la salle de musculation réouverte (sous réserve du respect des mesures de distanciation sociale), les codes wifi que l’on partage avec les résidents sans box internet, les copains qui font les courses d’un ancien du foyer en fauteuil habitant le quartier, le luxe de pouvoir profiter d’un jardin…

« Comme on ne sait pas forcément qui a besoin de quoi, il n’y a pas de solidarité qui s’organise à l’échelle de toute la résidence, mais si l’on toque aux portes voisines on trouve toujours de l’aide, on a la permanence pour les problèmes divers, la femme de ménage qui continue à passer [3 fois/semaine], les amis… Il manque seulement du gel hydroalcoolique à l’entrée », précise-t-il, moins inquiet de l’enfermement que pour son budget (de salarié) grevé par son voyage chaotique…

Iman, elle, se sent plus isolée : « La majorité de ceux que je connaissais sont partis se confiner en famille. » En réalité, sur les quelque 90 résidents actuels, les trois quarts sont restés au foyer.

Certains jeunes en formation sans connexion

Hypoquets Courbevoie
Les Hypoquets, 2019

La première semaine du confinement, les appels que recevait Erwan Lemaire, travailleur social en télétravail, tournaient essentiellement autour de l’angoisse de l’isolement.

Ils provenaient notamment des jeunes orientés par l’aide sociale à l’enfance (ASE) ou par l’association Urgence jeunes* : Comment continuer sa formation à distance sans ordinateur ni portable ? Comment se confiner dans 11 m² sans cuisine (pour les chambres les plus petites) ou dans une chambre double ? Comment se débrouiller dans un pays où les règles changent très rapidement sans parler la langue, etc. ?

« C’est pour les résidents avec le moins de réseau personnel sur place, comme les migrants arrivés récemment et non francophones, que l’isolement est le plus difficile », constate le travailleur social.

Par téléphone ou au fil des permanences assurées in situ, l’équipe des Hypoquets s’est organisée pour un portage des repas palliant la fermeture de la restauration collective, pour veiller aux bonnes conditions sanitaires ou négocier avec les partenaires l’envoi d’équipements informatiques individuels.

« Nous avons fermé les espaces collectifs intérieurs, dont l’espace informatique, pour limiter les rassemblements, et les 2 ordinateurs portables ont été réquisitionnés pour les encadrants en télétravail. Nous attendons encore des ordinateurs ou tablettes commandés mais étant donné les difficultés de livraison, ceux qui n’étaient pas équipés a priori auront manqué plusieurs semaines de formation en ligne…», regrette Erwan.

Un fonds de soutien pour contrer les difficultés de paiement

Hypoquets Foyer jeunes travailleurs
Les Hypoquets, 2019

Alors que le loyer d’une vingtaine de résidents** est pris en charge, l’inquiétude relative aux questions financières est plus saillante pour d’autres locataires, et les appels téléphoniques au travailleur social portent désormais beaucoup sur cette question.

« Les premiers à rencontrer des problèmes de paiement ont été les intérimaires qui n’avaient pas de droits ouverts à Pôle emploi, fait valoir Nathalie Badda, responsable de la structure. Les auto-entrepreneurs commencent aussi à se signaler, et beaucoup d’alternants sont encore dans l’incertitude ».

Les Hypoquets anticipent donc les impayés de loyer et la mise en place d’aide alimentaire d’urgence. « Le 3 avril, notre Conseil d’administration a décidé de créer un fonds de soutien pour aider au cas par cas », rapporte Patrice Bougerol, Vice-président d’Habitat et Humanisme Île-de-France nommé président de l’association Les Hypoquets au cours de ce même Conseil d’Administration.

Cela dit, nombre de résidents continuent à travailler, confinés ou non. Parmi les « travailleurs extérieurs », beaucoup de livreurs et certains qui ont trouvé du travail dans la grande distribution après le début de la crise. Responsable logistique confinée, Zheqi, elle « a largement de quoi faire : le marché avec la Chine a repris…».


* Urgence jeunes est un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). Les jeunes suivis par ce CHRS et résidents aux Hypoquets sont notamment des migrants, ou des personnes recueillis lors de maraudes.

**La vingtaine de jeunes orientés par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ou Urgence jeunes

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