J'agis

Le jour d’après

BernardDEVERT-18-Guillaume-Atger-e1474297238909.jpg

Publié le 20 juillet 2020 par Eve-Marie Bodin

L’attente des jours d’après est chargée d’un immense espoir ; demain pourrait ne pas être comme avant.

Le ciel n’est pas accusé de nos malheurs. Notre humanité n’aurait-elle pas gagné en maturité, reconnaissant que la crise sanitaire relève pour partie de notre responsabilité, liée à une volonté de puissance caractérisée par un toujours plus, sans limite aucune.

La jouissance est peut-être donnée à ceux qui participent à cette course folle, le bonheur en est absent tant les addictions sont trompeuses des vraies soifs.

Ne nous berçons pas d’illusions, ce plus est tellement ancré dans les habitudes qu’il tentera de revenir au galop.

Les masques ont manqué au début de cette crise pour se protéger mais, dans ces jours d’après, il nous faut avancer sans se masquer la vérité.

Il est bien des raisons de penser qu’un regard libéré peut surgir. Le confinement a conforté l’idée que la vie prévalait sur la bourse et ce, quoi qu’il en coûte, pour reprendre les mots du Chef de l’État.

Les milliards, puis les trillards dans le monde déferlent. L’urgence est de respecter la vie. Notre civilisation progresserait-elle dans l’aventure de l’éthique.

Les soignants et les chercheurs sont désormais les premiers de cordée. L’exemplarité de leur engagement n’est pas étrangère à une solidarité qui ouvre l’horizon.

Camus dans La Peste dit que la peur était dans la ville. Le cloisonnement provoque un changement d’habitude chez les habitants pris de panique. Les gens se renferment et perdent goût dans la vie.

Que voyons-nous aujourd’hui dans nos villes, des signes d’humanité, de solidarité. La vie, mieux prise en compte pour en percevoir la fragilité, fait naître cette interrogation riche de promesses : et après ?

La question est là : que voulons-nous vivre d’essentiel ?

Cette crise peut être considérée comme une parenthèse. Alors, nous repartirons comme avant, aiguisés et aiguillés par la crise financière et sociale. N’occultons pas le diagnostic lié à la fièvre du corps social, signe qu’il faut changer.

Le corps hurle : cela suffit !

La crise révèle que les iniquités sont si graves qu’elles fracturent tout, mettant sens dessus dessous la question du sens. Regardons le confinement que vécurent ceux qui bénéficiaient de l’espace et du confort à la différence de ceux qui l’ont vécu dans des ‘machines à loger’ ; le monde n’est pas le même.

Les plus fragiles pour avoir manqué de protection contre le virus eurent cette conscience vive et douloureuse qu’ils demeuraient les invisibles comme si leur disparition n’avait pas le même prix que celle des autres.

Tragique iniquité !

Observons qu’une hospitalité se construit avec le refus de remettre à la rue ceux qui en ont été retirés lors de la crise sanitaire.

Hier, il convenait d’être attentifs aux distances sociales. En ces jour d’après, il faut les réduire, sauf à se laisser emporter par un virus sectaire, le mépris du faible qui rôde constamment. Un ennemi terrible dont aucun vaccin ne protège.

“Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve”, dit Hölderlin. C’est à cette croissance qu’il faut s’attacher. N’est-ce pas précisément ce qui nous rassemble dans une conviction partagée que si nos engagements sont insuffisants, ils sont nécessaires et essentiels. Nous ne les déserterons pas.

 

Bernard Devert

Facebook