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Le logement intergénérationnel, créateur de liens

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Publié le 21 juillet 2017 par Morgan Goubill

Un contexte général fait de multiples précarités

En France plus de 14 personnes sur 100 vivent sous le seuil de pauvreté. Parmi elles, certains publics sont davantage représentés. D’abord les jeunes qui disposent de revenus faibles et en con- sacrent 22 % à leurs dépenses de logement (contre 9% pour les 45-59 ans) (1). Puis les familles monoparentales dont le niveau de vie médian mensuel est inférieur de 30 % à celui des couples avec enfants(1). Mais aussi les personnes âgées dont la précarité, moins visible, est souvent attachée aux conditions de vie (solitude, logements vétustes, indignes, précarité numérique).

Si le logement peut constituer le reflet des inégalités sociales, il en est parfois aussi l’accélérateur. Près de 6 millions de personnes consacrent plus de 35 % de leurs revenus à leurs dépenses de logement (2). Mais au-delà de cette précarité financière, c’est pour certains l’isolement qui est durement ressenti.

Mes relations avec les autres colocataires sont fraternelles. On prend soin les uns des autres. C’est un vrai foyer que j’ai trouvé ici. Fatou, jeune mère de 27 ans

Habitat et Humanisme et le logement intergénérationnel

10 ans, le Mouvement Habitat et Humanisme expérimente des habitats intergénérationnels regroupant des personnes d’âges et de situations différents (seniors, jeunes, familles, notamment monoparentales), toutes isolées et à faibles ressources. Pour ces publics, l’ambition est de briser les situations de rupture et d’isolement, de créer des conditions de vie structurantes et, dans le cas des colocations, de diminuer le taux d’effort de chaque locataire.

Habitat et Humanisme a ouvert 17 habitats intergénérationnels en France, dont 9 en Ile-de-France, Il s’agit de résidences comprenant des logements autonomes et des espaces partagés (salle commune, buanderie, jardin…) ou de colocations abritant chacune 3 à 4 ménages. Des aménagements spécifiques et la présence régulière de bénévoles et salariés du Mouvement, favori- sent les rencontres, la convivialité et les échanges de services.

L’intergénérationnel est une terre nouvelle, encore peu explorée par les opérateurs classiques du logement social. Pourtant, les projets de ce type bénéficient d’une bonne acceptabilité dans l’opinion publique. Si Habitat et Humanisme a fait figure de pionnier il y a quelques années, aujourd’hui, de nombreux bailleurs investissent le terrain, parfois en partenariat avec d’autres structures venant compléter le volet accompagnement ; comme Habitat et Humanisme avec 3F à Jouy-en-Josas par exemple.

 

Retour d’expériences en Ile-de-France

Le pari gagné de la solidarité intergénérationnelle

La mixité des publics accueillis permet un équilibre des forces et des fragilités et favorise la solidarité tout en évitant la stigmatisation. La présence de jeunes enfants avec les familles monoparentales est une composante particulièrement féconde pour ce type de résidence de par la dynamique de coopération qu’ils introduisent. Pour les parents isolés et leur enfant, mais aussi pour les jeunes, la proximité de tous ces publics vient recomposer à minima une fratrie, voire une famille souvent éloignée, ou même absente. Les premiers coloc’ de la rue de Chabrol en témoignent assez spontanément : « Je me sens à la fois la petite sœur de Sarah et la grande sœur de ses fils », « C’est moi l’arrière-grand-mère de Chabrol ! » Pour les personnes âgées, il est aussi question de favori- ser le maintien à domicile et ainsi retarder ou rendre inutile le départ dans des structures liées à la dépendance.

Ainsi, tous les habitants sont à la fois contributeurs et bénéficiaires d’une dynamique particulièrement propice à l’insertion de chacun : senti- ment d’utilité, rupture de l’isolement, échanges d’expérience et solidarités de voisinage…

 

Des facteurs clés de réussite

  • La mise en place d’une organisation adaptée : intervenants aux rôles bien définis (accompagnement ou veille sociale, gestion locative, animation collective…), instances de fonctionnement/régulation (conseil de résidence, de colocation…)
  • Une sélection rigoureuse des candidats : compte-tenu du projet social spécifique de ces habitats, il est primordial de s’assurer qu’il y a adhésion au projet, voire appétit de vivre une expérience en collectivité.
  • Une attention à ce que l’aménagement des lieux réponde aux besoins individuels des habitants, selon leur âge, leur situation de vie… en favorisant tout autant la dimension collective du projet.

Afin de suivre et capitaliser sur l’expérience intergénérationnelle de Jouy-en-Josas, une étude sur 3 ans menée par le CERA (Buc-Ressources) devrait commencer à l’automne.

 

L’habitat intergénérationnel au sein d’Habitat et Humanisme Ile-de-France :

  • 2010 : ouverture de 2 colocations dans un immeuble en copropriété rue de Chabrol – Paris 10ème avec DeuxMains plus Humain
  • 2011 : ouverture de la première résidence intergénérationnelle d’Ile -de-France rue de Chabrol – Paris 10ème (10 logements), toujours avec DeuxMains plus Humain
  •  2014 : ouverture de 3 colocations dans le diffus Paris 18ème et Nanterre (confiées en gestion par ICF-La Sablière) et à Saint-Denis (appartenant à la Foncière)
  • 2015 : ouverture d’une colocation au sein d’un habitat participatif à Montreuil, le CUB
  •  2016 : ouverture de la Maison Intergénérationnelle de Jouy-en- Josas (48 logements)
  • 2017 : ouverture d’une colocation dans un nouvel habitat participatif à Montreuil également, Jardin Divers

En bref

» 2 résidences intergénérationnelles
» 7 colocations « dans le diffus »
» 4 projets en cours : 2 à Paris, 1 à Sceaux (92) avec DeuxMains plus Humain et 1 à Viroflay (78)

 

 

 

 

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