J'agis

2021, une ouverture, non pas une réécriture

Bernard Devert, président Fondateur d'Habitat et Humanisme

Publié le 29 janvier 2021 par Habitat et Humanisme

Tournons la page.

 

Celle de 2020 sans regret s’efface. Aux vaccins mobilisés dans un temps jamais obtenu dans l’histoire, s’ajoutent maintenant d’autres soins pour se défaire des dommages collatéraux que le virus a causés sur le plan économique et social.

Ouvrons la page.

Quelle page, celle de la fin de ces attentes que vivent trop de personnes en souffrance, suspendues à un appel, un écrit pour trouver un toit, un travail. Que d’espoirs sans lendemain ! Ils usent et font que le temps semble s’arrêter, alors que pour d’autres, il court sans trop savoir si c’est lui ou si c’est nous qui le précédons.

Ouvrons une page.

Une page blanche, un vide, non, l’espérance que notre écriture sera nouvelle pour renouveler les perspectives. Vous allez me dire : un vœu. Non, une détermination à chasser l’ennemi qu’est la misère, un inacceptable si facilement toléré.

L’écriture serait celle d’un enfant. J’entends votre propos : soyons sérieux. Oui, mais comme l’est le Petit Prince. 2021 sera alors le rendez-vous de ces fameux jours de l’après-crise, annoncés urbi et orbi comme devant être différents de ceux d’avant. Qui nous en empêche, personne. Ne sommes-nous pas les uns, les autres, des acteurs, mieux, les créateurs d’un possible ‘autrement’.

Qu’allons-nous décider. A cette première page blanche, donnons un titre : « vers la fraternité ». Il ne nous est pas demandé de parvenir au sommet, plus simplement de nous mettre en marche.

Ouvrons la page.

Il ne s’agit surtout pas de répéter. Alors discernons entre ce qu’il faut poursuivre et abandonner pour changer et faire changer.

Gardons en mémoire la réelle solidarité qu’a suscitée la crise sanitaire avec les soignants. Ils sont las, mais ils tiennent. Ils sont debout pour que nous le demeurions.

A notre tour, veillons à ce que cette nouvelle page soit celle d’un soin partagé. N’est-ce pas cela se faire proches de ceux touchés par le mal, l’isolement, le chômage, l’absence ou l’indécence du logement, ou encore la barbarie, mettant tant de femmes et d’hommes sur les chemins de l’exil.

Que de maux à soigner dans l’urgence plutôt que de risquer la non-assistance à personne en danger en prenant le temps de se laisser interroger sur le pourquoi de ces situations. L’heure n’est pas tant de s’asseoir à une table de travail, réfléchir, lire alors que, pendant tout ce temps, des femmes et des hommes souffrent et parfois meurent désespérés.

Ouvrons la page.

La page qui va nous conduire comme le Petit Prince à dessiner. Quel dessin, celui de passerelles, de ponts, d’aqueducs pour aller vers ceux qui manquent de cet essentiel, qui n’est pas seulement un bien, un toit, mais un manque de respect, cet autre virus destructeur qui fait peu parler de lui pour nous avoir bâillonnés.

Cette autre épidémie ne s’attaque qu’aux invisibles. Aussi, les soignants restent dans l’ombre, se glissant dans la nuit avec les maraudes, signes d’une humanité qui refuse de s’endormir devant le malheur innocent.

Quand viendra l’heure de tourner cette dernière page, nous garderons dans le cœur ce qui ne se voit pas, ou si peu mais qui, seul, compte. Non pas ce grand livre qui voudrait tout comptabiliser mais ce petit livre immense, un écrin de tous les récits de vie, se révélant la parole du cœur. Secrètement, elle nous apprend à parler autrement.

Ainsi, progressivement nous deviendrons des analphabètes de la langue de bois qui n’a plus sa place devant des situations qui n’ont que faire des jugements qui tombent, la seule décision qui importe étant de relever les défis qui nous élèvent vers cette humanité recherchée.

Bernard Devert