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5 questions à Amandine Dufour, directrice de l’Ehpad La Marylise à Marseille

À la croisée du management, du sens et de l’engagement humain, Amandine Dufour partage sa vision du rôle de directrice d’EHPAD. À travers son parcours et son expérience de terrain, elle revient sur les transformations du secteur médico-social, l’importance du “prendre soin” et les valeurs qui guident son action au quotidien, aujourd’hui au sein d’Habitat et Humanisme Soin.


Publié le 16 avril 2026

Pourriez-vous vous présenter ?

Initialement destinée à la biologie, j’ai finalement choisi la voie du travail social pour explorer les dimensions humaines et l’engagement de terrain. Mon parcours, débuté en 2005 au sein de l’association Entraide, a suivi les grandes mutations du secteur médico-social, m’amenant à développer une expertise en gérontologie et sur la question de la santé mentale en EHPAD. Cette expérience de terrain a forgé une conviction qui m’anime encore aujourd’hui : la nécessité de questionner nos pratiques et le sens des mots pour préserver l’humanité au cœur de nos institutions.

Mon évolution vers des fonctions de direction, de mon diplôme de chef de service (CAFERUIS) au Master à KEDGE, répond à une vision stratégique : concilier la rigueur gestionnaire avec un management bienveillant. Je suis convaincue que prendre soin des équipes est le levier indispensable pour garantir un accompagnement de qualité auprès des plus vulnérables. Très investie dans la transmission, je partage désormais ces réflexions auprès des centres de formation, afin de préparer les futurs acteurs d’un secteur en constante transformation.

Comment percevez-vous votre rôle de directrice d’EHPAD ?

De manière classique, le rôle de directeur d’EHPAD peut se décliner en plusieurs dimensions : assurer la gestion administrative, financière et des ressources humaines, veiller à la qualité de l’accompagnement et au respect des droits des personnes, organiser le travail pour garantir un cadre de vie digne et cohérent avec le projet d’établissement, et enfin, maintenir une communication claire et constante avec les professionnels, les résidents et leurs familles.

Mais, à mes yeux, ce rôle dépasse largement ce cadre fonctionnel.

Diriger un EHPAD, c’est être à la fois stratège, à l’image de L’Art de la guerre de Sun Tzu, pour anticiper, décider et avancer dans un environnement complexe et en constante évolution.

C’est aussi accepter une forme d’engagement profond, presque existentiel, qui fait écho au Mythe de Sisyphe d’Albert Camus : continuer à porter, jour après jour, une responsabilité exigeante, avec la conviction que ce travail a du sens, qu’il est utile et porteur d’espoir.

C’est enfin considérer que le travail doit être porteur de sens et d’humanité, comme l’écrit Khalil Gibran dans Le Prophète : le travail est de l’amour rendu visible. Accompagner, manager, décider… toujours avec l’idée que ce que nous faisons doit être une forme d’engagement sincère, presque une expression de ce que nous sommes.

C’est aussi savoir ajuster ses attentes, en s’inspirant du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry : demander à chacun ce qu’il est en capacité de donner, ni plus ni moins, pour permettre à tous de trouver leur place et de contribuer.

Enfin, c’est croire profondément que des approches différentes sont possibles, même lorsqu’elles semblent à contre-courant, comme le montre La Révolution d’un brin de paille de Masanobu Fukuoka : oser innover, expérimenter, et garder confiance dans des projets qui remettent l’humain au centre.

Être directrice d’EHPAD, pour moi, c’est conjuguer rigueur et humanité, stratégie et sens, exigence et espoir, au service des personnes accompagnées comme des équipes qui les entourent.

Que signifie pour vous rejoindre Habitat et Humanisme Soin ?

Rejoindre Habitat et Humanisme Soin dans ce contexte de liquidation du Groupe Entraide, c’est d’abord faire le choix de préserver ce qui fait la richesse du modèle associatif : des valeurs fortes, un engagement humain, et une capacité à rester force de proposition face aux grandes problématiques sociales actuelles — vieillissement de la population, augmentation de la dépendance, précarité, accès au logement, migrations ou encore chômage.

À mes yeux, le secteur associatif conserve une agilité et une réactivité essentielles, précisément parce qu’il s’appuie sur l’engagement et la volonté des citoyens. Cette souplesse permet d’apporter des réponses concrètes, au plus près des besoins réels des personnes accompagnées.

Rejoindre Habitat et Humanisme Soin, c’est aussi regarder en face l’échec économique du Groupe Entraide, sans pour autant renier son histoire ni ce qu’il a construit. C’est accepter une réalité, tout en refusant qu’elle efface le sens et les engagements portés jusque-là.

C’est enfin rejoindre une vision incarnée par Bernard Devert, qui permet de conserver une continuité, notamment à travers la reconnaissance de notre histoire dans l’appellation « réseau Groupe associatif Entraide ». Cette reconnaissance est essentielle : elle évite le sentiment de honte, et rappelle que tout n’est pas à rejeter, que des valeurs, des expériences et des engagements méritent d’être préservés et transmis.

Rejoindre Habitat et Humanisme Soin, c’est donc à la fois tourner une page, avec lucidité, et continuer à écrire la suite avec fidélité aux valeurs qui nous ont construits.

Quelles sont pour vous les valeurs communes partagées par le Groupe Entraide et Habitat et Humanisme Soin ?

Quand je mets en regard les valeurs portées par Entraide et celles d’Habitat et Humanisme Soin, je ne vois pas une rupture, mais plutôt une continuité, enrichie et élargie.

Du côté d’Entraide, j’ai été marquée par des valeurs fondatrices comme la dignité, le respect, la solidarité. Cet ancrage se traduisait concrètement dans le quotidien : accompagner, prendre soin, mais aussi apporter de la joie, du plaisir, de la vie dans des parcours souvent fragilisés.

Les valeurs portées par Habitat et Humanisme Soin viennent, selon moi, prolonger et élargir cette approche. On y retrouve bien sûr l’écoute, le respect et la confiance, mais avec une dimension encore plus affirmée autour de l’hospitalité, du “faire ensemble”, du vivre ensemble et de la citoyenneté.

Habitat et Humanisme Soin insiste aussi sur la place de la personne comme actrice de ses choix de vie.

Personnellement, je perçois qu’Habitat et Humanisme Soin apporte une ouverture complémentaire vers une approche plus participative, plus inclusive, où la relation devient encore plus réciproque.

Au fond, ce qui relie ces deux univers, c’est une même conviction : la personne accompagnée ne se résume jamais à sa vulnérabilité. Elle reste un citoyen à part entière, avec une place, une voix et une capacité à agir.

Comment le "prendre soin" se traduit-il pour vous dans les gestes et l'accompagnement au quotidien ?

Le “prendre soin”, ce sont souvent des instants simples, presque invisibles : un sourire échangé, une main posée, une attention discrète qui redonne de l’envie et du lien.

Cela peut aussi être des moments de vie partagés, comme une chasse aux œufs dans le jardin, où résidents, familles, enfants et professionnels se retrouvent, créant une bulle de joie au cœur du quotidien.

Mais l’image qui m’a marquée profondément est celle des derniers instants de vie.

Je pense à ces moments où une personne, souvent isolée, ne doit pas partir seule.

Alors, spontanément, les professionnels se relaient. Ils s’organisent, veillent, ajustent un oreiller, apaisent une angoisse, murmurent quelques mots, parfois même une prière, quelle que soit la croyance. Dans ces instants, il n’y a plus de fonction ni de hiérarchie : il y a simplement une présence humaine, sincère, essentielle.

Ce qui me frappe, c’est cette capacité collective à se mobiliser. Rien n’est formellement décidé, et pourtant tout s’organise. Une forme d’élan naît, presque une évidence, une étincelle qui fédère les équipes le temps nécessaire. C’est là que le “prendre soin” prend tout son sens.

Travailler en EHPAD, c’est aussi faire face à la souffrance, à la fin de vie, à une charge émotionnelle et physique importante. Cet aspect ne doit jamais être minimisé. Il fait partie intégrante du métier.

C’est pourquoi il est essentiel de reconnaître et de soutenir ces professionnels. Parce que pour continuer à accompagner la vie — les rires, les moments de joie, les liens — ils doivent eux-mêmes être portés, reconnus et préservés.

Pour moi, le “prendre soin”, c’est exactement cela : être présent, jusqu’au bout, avec humanité, dans un métier exigeant, mais profondément essentiel.

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