Prendre soin, c’est toujours s’approcher de ce réel que parfois nous ne voudrions pas voir, mais il est là. Chacun d’entre nous ne s’est-il pas un jour écrié : « ce n’est pas possible », un réel qui cogne et fait mal. Il faut agir.
Le secret de l’action, dit le philosophe Alain, est de s’y mettre. Nos aînés avaient aussi cet adage de la même veine, « remettre l’ouvrage sur le métier », ô combien essentiel pour refuser la banalisation du mal qui assaille plus que nous ne le pensons. Ne s’est-elle pas installée pour constater que désormais, l’absence ou l’indécence d’un logement mobilise peu.
Entreprendre pour Humaniser la Dépendance (par abréviation EHD), foncière solidaire, qui bénéficie d’une délégation de service public a mobilisé près de 6 000 actionnaires personnes physiques et de grands institutionnels de l’épargne solidaire. Avec vous, avec eux, nous bâtissons des programmes, remparts contre ces malheurs multiples qui nous abîment tous. Qui ne perçoit pas ce pessimisme qui brûle la cohésion sociale.
Nous ne voulons pas faire les malins, sachant que son prince ne cesse de rôder jusqu’à décourager beaucoup, au motif que la pauvreté est si grande que ce qui est entrepris est une « goutte d’eau dans un océan » de détresses.
Certes, mais cette « goutte d’eau », si nous la négligeons, alors elle viendra tragiquement ajouter à ces manques un goût amer et des regrets : « ah, si nous avions su ».
Stéphane Hessel, dans son petit livre « Indignez-vous », dit que la pire des attitudes est l’indifférence ; dire je n’y peux rien, c’est perdre l’une des composantes essentielles qui fait l’humain, l’indignation ; l’engagement est la seule voie pour ne point plier l’échine.
Comme acteur du prendre-soin, nous avons besoin d’un soutien appuyé de votre part. Ne nous le refusez pas.
C’est Joachim qui a près de 75 ans et qui, depuis des années est à la rue. Il m’a été donné de le rencontrer au métro Dupleix. Il avait une plaie ouverte à la jambe. Nous avons pu l’accueillir dans un de nos Ehpad, trop tardivement malheureusement pour n’avoir pu éviter l’amputation. Il est en vie. Son sourire est un magnifique encouragement pour poursuivre et ne point s’arrêter aux propos dubitatifs ou moqueurs.
Que d’appels, comme celui d’hier en fin de soirée, d’une personne isolée qui, victime d’un AVC, ne peut pas revenir chez elle. Une chambre vient de lui être réservée dans un autre de nos établissements.
Les listes d’attente sont nombreuses (trop). Ce que nous avons fait, c’est grâce à vous et par vous qui avez investi au sein de cette foncière, vous donnant la garantie que votre épargne ne perdra pas de son pouvoir d’achat, outre l’assurance d’offrir à ceux isolés – ils sont nombreux ‑ et avec peu de ressources de retrouver un habitat accompagné leur permettant de regagner leur dignité.
Une telle ouverture n’a pas de prix pour être celui de la vie de ceux-là mêmes qui, blessés par elle, s’effondrent dans une mort sociale.
Il serait injuste d’oublier le concours de l’État qui encourage cet investissement via une déduction fiscale attractive, marquant ainsi son soutien pour cette approche publique-privée contributive d’un inattendu, venant éclairer l’horizon des plus fragiles.
Une des clés pour sortir de l’indifférence est l’attention témoignée à ceux qui sont en difficulté. Ils ne sont plus alors une statistique anonyme mais des êtres qui, reconnus, nous invitent à entrer dans des relations nouvelles. Une citoyenneté responsable s’éveille, là commence le chemin de la fraternité.
Vivre, n’est-ce pas soutenir et partager.
Bernard Devert
Président-Fondateur d’Habitat et Humanisme